Sur la ligne de train

Sur la ligne de train, de Tours à Paris, on aperçoit, au début du voyage, de nombreux villages. Ceux-ci sont tantôt lovés au cœur du calcaire ou simplement concentrés autour d’une église. Habillées de tuffeau, pierre dont la couleur rappelle la lumière du soleil levant, les habitations donnent l’impression classiquement connue de douceur. Une vie pourrait s’y nicher et s’y déployer peut-être dans la tranquillité paresseuse et la lenteur d’une rivière. La tentation vient au voyageur désœuvré de rêver qu’il s’arrête là et qu’il commence tranquillement une toute autre existence que celle qu’il s’apprête à retrouver. Pris par sa rêverie celui-ci se plait à imaginer les myriades de vies potentielles qu’offrent la vitesse du transport et la lenteur de sa fantaisie. Il est soudain riche d’une profusion d’existences, toutes esquissées, jamais approfondies. Il papillonne dans l’éternité de ses possibles.

Il mélange, ainsi, le retour aux sources d’un paisible pêcheur, la plénitude d’un promeneur solitaire, ou encore la sérénité apparente d’un père de famille jouant avec ses enfants. Ces vies inventées et inconnues ne sont attrayantes que par leur irréalité et leur éloignement des véritables desseins du voyageur. Il y trouve le juste contrepoint d’un destin incertain vers lequel il se dirige et qui, un jour ou l’autre, présentera l’irrémédiable certitude de la réalité.

Richard se dirigeait donc ce matin là vers Paris pour y emménager. Dans ces vies possibles il cherchait à échapper aux questions qui le taraudaient depuis de nombreux jours. Son passé le rattrapait. Il se sentait appelé par un devoir de fidélité à celui qu’il avait été. Il revenait à cette autre potentialité qu’avait été sa jeunesse. Sa vie avait, bien entendu été un choix inconscient, heureux, parfois, erroné d’autres fois, mais, en tout état de cause dont il avait eu l’illusion d’être l’auteur. Voilà donc que tel un acteur dont la doublure aurait usurpé la place, sa jeunesse se présentait à nouveau devant lui réclamant ses droits et prête à jouer son rôle entièrement, le renvoyant en coulisse de son existence. Abandonnées donc les certitudes quotidiennes, oublié le texte su par cœur ; il ne savait plus se donner la réplique.

Ce retour brutal ressemblait à un bouleversement, à une révolution dans sa vie quotidienne. Cependant, quelle étrange révolution que cette révolution réactionnaire…

Que faire :

Il faut changer sans changer…

Il y va rejoindre quelqu’un. Il se lance. Il s’aperçoit que ce n’est pas ce qu’il croyait. Il se rate.

Il se retrouve seul. Histoire du mandarin et de la courtisane.

Suivant.

Deuxième histoire en miroir une femme qui va de bras en bras. Retarde une histoire sous la main. Quand prête histoire plus possible.

Idée L’apesanteur

J’aime ton poids…