Job

Couverture d’un roman Bob Morane, « La vallée infernale ».

Il tient la rambarde comme on tient le bastingage quand la tempête commence à monter. Son regard est fixé sur un horizon qu’il est le seul à voir, derrière ses lunettes noires, sous sa casquette, bleu marine, comme il se doit, vissée sur le crâne. Il est toujours habillé de la même façon, d’un pantalon de toile et d’un pull à col rond. Le mégot de gitane maïs dépasse de sa bouche fermée, comme un bouton qui aurait fleuri sur sa lèvre. Je me suis toujours demandé où il était quand il n’était pas sur son perron. Je croyais qu’il disparaissait dans un autre monde. Il s’appelle Tonton Job. Cela forme un patronyme dans lequel Tonton est son prénom. Son visage est couleur de brique. La légende dit qu’une fois une guêpe s’était glissée dans sa bouteille. L’insecte serait mort d’une cirrhose foudroyante en lui piquant la langue.

Il a officié sur les chalutiers, autrefois. J’ai appris qu’il avait un frère mort d’un coup de poignard reçu sur un quai, un soir. Ce jour-là, Bob Morane a surgi dans mon histoire. Je me suis inventé des histoires de contrebande, de pirates, de truands. Pour une fois, quelque chose se passait.