Ce petit vide dans la narration est comme le début d’une aventure. J’ai envie de m’embarquer dans ce blanc de papier, légèrement strié pour que le papier adhère. J’ai envie d’essayer d’imaginer la photo qui occuperait cet espace. Une photo délicate ? Ou bien la personne qui a retiré l’image se trouvait-elle laide, ou trop grosse ? Peut-être y avait-il là un personnage invisible ailleurs, dont on a voulu effacer l’existence comme sur ces clichés de l’Union soviétique ou les dissidents qui déplaisaient au régime disparaissait physiquement mais aussi et surtout dans les portraits officiels, souvenirs abolis. De véritables trous de mémoire, comme les fantômes de bibliothèque, ces ouvrages rangés au mauvais endroit et donc devenu introuvables à jamais mais susceptibles de ressurgir au gré d’un hasard à la place d’un livre bien classé, lui, réel.