L.

La violence est un arrêt sur image. Je vois ma main sur le point d’atteindre sa joue pour lui donner une claque. Cette main se détache presque de moi. Elle n’est pas au bout de mon bras, mais devenue indépendante. Je l’ai envoyée en émissaire. Pour régler notre conflit. Mais la main est désobéissante, rebelle. En mauvais soldat fatigué, usé, révolté et prêt à déserter. De mon côté je suis fixé sur le sourire de plaisir qui s’est emparé de L.. Elle a déjà gagné, et elle le sait. Toute victoire de ma part ne serait qu’une défaite. La seule issue sérieuse serait de partir, mais je suis resté.

L. m’a trompé. Pour me tromper, elle est allée vers ce type dont je lui avais parlé. Je lui avais expliqué que je le trouvais méprisant bien qu’il n’en ait pas les moyens. C’est donc celui-là qu’elle choisit.

Annulations de rendez-vous, absences inexpliquées, elle fait en sorte que je m’en rende compte. Elle m’appelle en me laissant entendre des voix autour d’elles quand elle est censée être seule, ou malade. Elle construit soigneusement de faux mensonges irritants.

Le jour où je lui dis que je sais, elle me regarde, satisfaite et apitoyée, avec un air de dire « Tu as mis le temps ! ». Elle me dit que j’arrive trop tard, en affichant un sourire moqueur, qu’elle vient de rompre.