La chute

Des rochers dans un ruisseau, entre les arbres.

Qui m’a poussé ? La logique veut que ce soit les deux frères Houedic. Ils rient souvent ensemble de faire mal. Au moment de ma chute, ils étaient à proximité et forment donc des coupables idéaux.

Je suis tombé comme un sac, de ma hauteur. Le muret donne sur la pente qui mène à la plage et sert aux mises à l’eau. Logiquement j’aurais dû atterrir sur mes pieds et me fouler une cheville ou me casser une jambe par exemple. Mais, en dépit des lois naturelles, je suis tombé sur la tête, comme si j’avais pris l’initiative de demander à mon corps de réaliser une sorte de salto. Une fois au sol, je sens un liquide chaud et poisseux sur mes cheveux. Mon pull est constellé de petites étoiles rouges et de trainées.

Je n’ai pas mal, mais ma chute est devenue un spectacle. Je n’ai jamais su qui m’avait poussé. Plus tard, lors de la rentrée scolaire, je raconte que j’ai eu un trou dans la tête et que j’ai perdu tellement de sang qu’on a utilisé de la peinture rouge pour me remplir à nouveau la boîte crânienne.