Lecture (2)

Un rideau devant une fenêtre, le soleil couchant derrière.

Le soleil éclaire la moitié de la page. De l’autre côté de la fenêtre, le temps est radieux. Plus loin, mêlé au bruit tranquille du ressac des cris d’enfants ponctuent l’air de leur stridence. Ces sons renforcent mon impression de chaleur. Au milieu de mon livre ouvert, l’ombre du rideau faseille.

J’entends, sans les entendre, mes deux cousins. Antoine donne des ordres à Alexandre. Ils ont entrepris de construire un mur avec des galets piochés dans les allées du jardin. J’imagine la caresse douce de la pierre chaude. À chaque fois qu’Antoine laisse tomber une pierre à ses pieds, Alexandre pousse un cri. Le petit frère part dans les aigus.

Je tourne la page. Mon corps léger, comme en apesanteur, est amorti par l’épaisseur du dessus de lit. Les montants en bois du sommier et le faux lit clos mélangent leur odeur d’encaustique à celle du bord de mer. Je suis dans la pièce la plus convoitée de la maison, car elle communique directement avec le jardin. C’est la chambre des échappées.

J’entends la grand-mère, là-haut, à sa fenêtre. Elle tente de calmer la dispute qui vient d’éclater au-dehors. Elle donne l’ordre d’aller se défouler à la plage, me cherche. L’instant d’après ses pas font grincer l’escalier. Je vais devoir y aller, me joindre à eux, jouer au petit garçon comme les deux autres et faire semblant d’aimer ça.

Je me cache sous le lit. Les mules en font le tour. Ma peur grince au rythme des lattes du parquet. Enfin, son pas s’éloigne. Je regagne mon refuge en hauteur. Il n’y a plus que l’air du large.