
Combien de fois, ai-je fait les mêmes haltes ? Le grand rocher, la roche branlante, le corps de garde et sa petite maison qui sentait la pisse. Et ça recommence. Il y a aussi l’autre rive de la grève ouverte comme une déchirure des deux collines qui l’enserrent. Le sentier des douaniers qui suit la côte, les deux tourelles, la plage carrée, la pointe du Dourven, et, le large.
Ce soir-là je suis seul. J’ai dîné tôt, avec les grands-parents. Il fait encore jour et l’air est bleu. Je vais un peu plus loin que d’habitude en escaladant le petit chemin avec son tapis de bruyère qui mène à la grosse roche enflée de granit. La baie se déploie devant moi, sans émotion. Je traîne ma mélancolie comme un trophée le long du chemin. Quand je les entends, je m’arrête. Ils sont quelques pas devant. De l’autre côté du virage. Il ne faut pas que j’aie l’air de leur courir après. Je mime l’indifférence. J’ai la certitude que ma vie va se jouer dans ce petit instant.