Il y a un jour où on a cessé de raconter la même histoire. Je ne sais pas quand nos récits ont divergé. Je sais juste qu’à partir de là, l’écart n’a fait que grandir jusqu’à ce que les mêmes mots, les mêmes phrases ne veuillent plus dire la même chose pour l’un et l’autre. On se regardait stupidement en se renvoyant la faute de l’incompréhension. Il n’y avait pas de malentendus, nous ne parlions simplement plus dans la même langue et nous n’avions personne pour traduire. C’est un mur de mots que nous avons alors bâti, sans le savoir, un mur d’une rare solidité, sans porte, sans créneaux et nous nous sommes retrouvés reclus.
Souvent, les amours se détachent comme les écailles d’une carapace. À la douleur de la mue succède la nudité. Je reste là, vulnérable. Les séparations pleurent le passé inutilement alors que c’est l’avenir qui n’aura pas lieu dont il faut faire le deuil.
Je pense à ces tableaux de retour d’Italie, études, croquis, des ruines antiques de Rome, avec leur côté fantastique et plein de nostalgie. Dans mon souvenir ils sont toujours nappés de brouillard. C’est une belle idée : celle de ces artistes à la recherche de la perfection ancienne, ne trouvant que des restes et revenant le regard brouillé. Quel est mon voyage en Italie ?
J’ai la main qui tremble un peu. Le souffle est plus court. Le corps s’échappe. Je n’ose pas lever la tête de peur de ne plus me voir dans le miroir.