Quand Maria Gracia m’a dit son prénom pour la première fois, j’ai voulu continuer la prière. Maria. Tu me parles du Chili, de ton père, de Pinochet. Tu m’expliques qu’il dirigeait un journal d’opposition, qu’un jour il a disparu, qu’ils l’ont torturé. Tes yeux ne pleurent pas en disant ça et c’est leur sérieux qui fait entrer ton histoire dans ma réalité. Mes livres bien appris ne savent plus rien. Tu me dis que quand tu vas rentrer tu vas prendre les armes. Te venger. Et ce n’est pas un film.
Moi, jeune imbécile, je regarde tes yeux sombres, pleins de colère et j’ai envie d’être ton héros, de renier mon présent et mon passé.
J’en avais rêvé comme une midinette, fasciné par la gloire. J’étais invité chez la fille de l’Ambassadeur. Comme tous les contes, celui-ci risquait de me transformer en citrouille, à minuit.
Les filles étaient en robe et les lumières dans les lustres. Tout ceci était fade, car là-haut, sur la terrasse, j’avais retrouvé Maria avec ses yeux sombres. Maria qui me disait en silence que ce que je croyais vouloir, j’allais le trahir, et que c’est pour ça qu’elle ne me suivrait pas. Maria qui lisait ma faiblesse.