– Tu nous emmerdes Cookie !
Mais Cookie s’en fout et continue. Il enchaîne les do dièse, les si bémol, les la mineur et, surtout, ses gammes, ses guirlandes de notes. Ça y est, il recommence. Il se prend pour Hendrix. Putain Hendrix ! Hendrix de Bab el Oued déguisé en Bulgare. C’est n’importe quoi ! Mais surtout il nous emmerde avec ses espèces de fugues de rock progressif. Personne ici n’a envie de partir dans son délire de fumeur de pétard. Ce qu’on veut ce sont les belles chansons de Medhi.
Je suis venu. J’ai suivi les filles, parce que les chansons de Medhi je les aime bien. Elles sont rock et romantiques. Elles donnent envie de s’embrasser. De se serrer. De se trouver tout nerveux côte à côte, à l’affût des possibles. Tout tremblant de son désir ou sans savoir si ça en est. Tout peureux de pas savoir, mais d’avoir envie. Il nous fait rêver le Medhi. En plus il est beau le salaud ! Mais quand il a le micro, il nous laisse une chance à nous les moins beaux. Il partage un peu. Et puis, il ne pourrait pas toutes les prendre avec lui les filles, de toute façon. Alors ça laisse de l’espoir, ça marque du sourire sur la bouche.
Enfin, Medhi a pris le dessus et Cookie se contente de l’accompagner. Rachid commence à frapper sa batterie et nous on part avec eux. Loin, très loin, serrés dans cette petite cave blanche de salpêtre alors que, dehors, il fait chaud comme d’habitude. Notre petite bande est comme une parenthèse imposée à l’après-midi. Ce n’est pas de l’entre soi, mais de l’entre temps. Je regarde un instant Cécile. Elle est tournée vers Medhi, mais je suis certain qu’elle pense aussi un peu à moi. Pour une fois je suis à ma place, c’est-à-dire là où il ne faut pas. Je me laisse glisser. Je bouge un peu la tête. Je me dis que Cookie est ridicule avec ses cheveux longs. Ils ne sont pas d’ici. Ça fait faux. Mais c’est son truc, il faut faire semblant d’y croire. Et puis sans lui, ça ne tiendrait pas.