
Il dit que ce n’est pas possible, qu’il n’a jamais vu ça, senti ça, entendu ça. Chaque bout du monde qui est devenu ma vie lui est insupportable. Il ne comprend pas qu’ici la démarche se fasse plus lente. On ne traîne pas pourtant. On flâne toujours un peu, c’est tout. Par respect pour la chaleur. Il déteste cette langue qui lui est étrangère et qui résume trop bien ce qu’il ne sait pas voir et pas entendre.
Il y a les mots qu’il prononce, comme d’autres Blancs, les Roumis comme on les appelle. Il dit les « biques », les « melons », comme si des hommes pouvaient être des légumes ou du bétail. Dans le muezzin il entend presque un cri de guerre contre lui tout seul, au lieu d’une tranquille signature des heures.
Ce jour-là mon frère devient un étranger.