Tu n’as plus rien. Cela te rend joyeux. Ton matelas est sur le toit de la voiture. Il faut que tu trouves où le poser. Les autres digèrent Noël, chez eux, encombrés par les cadeaux et la famille. Toi, tu as 24 heures pour trouver où dormir. Rien de compliqué en soi. C’est ce compte à rebours sur l’essentiel qui t’amuse. Tu n’as pas ton enfance avec toi, juste la ligne droite de la journée. Tu tournes un peu en rond, étourdi de liberté, et tu poses ton lit dans une grande pièce vide où il n’y a que toi. Tu fermes les yeux tranquillement sur ce nouveau désert, heureux.
L’A20 défile sous mes roues direction la Creuse. Régulièrement, comme pris d’incontinence, je me précipite sur une aire de repos pour noter fébrilement les nouvelles paroles que je me m’acharnais l’instant d’avant à me répéter pour ne pas les oublier. Ce n’est pas le temps ou l’espace qui s’échappent, mais les mots de l’intérieur de moi. Mon véhicule carbure aux refrains, fébrile. C’est le road-movie des chansons. Je vais retrouver Lise, 10 ans plus tard. Lui montrer que la fêlure est toujours là, qu’elle déborde.
On passe une soirée de Nouvel An à trois, avec la guitare. On se regarde, on se jauge, aucun de nous ne sait qui est qui, parmi nos plusieurs. Le présent se mélange de passé. Les minutes se mettent en couverture pour que je m’y love un instant. C’est le temps des souhaits.
Parfois les moments s’empilent, les uns sur les autres. À travers les lèvres de Céline, j’embrasse aussi celles de Nadine. Le coin de soleil vient de la mer et le froid d’un autre hiver. Je revis.