La noyade

Noir et blanc : une cale qui descend vers la mer, sur le sable.

La pluie ne tombe pas, elle est pulvérisée. Ça fait plein de petites gouttes. Tout le temps. Nous sommes tous en KWay et en bottes. Nos petites jambes maigrelettes et nues flottent comme des tiges. Elles sont les plantes que nos bottes ont fait pousser. Nous marchons sur le sentier. Nous trébuchons. Nous glissons un peu. Nos mains pour une fois s’accrochent à la rambarde en bois du petit pont. Ça fait flotch flotch.

Le petit chemin du port débouche sur la cale à moitié découverte. On voit les grosses algues vertes qui pendent, aplaties comme des vaches au repos, accrochées aux grosses pierres inégales. Là aussi, ça glisse. Je tombe. D’abord sur les pierres puis je passe dans l’eau. J’essaye d’accrocher la cale, mais je ne fais que m’écorcher les doigts. J’ai mal. La mer est froide. Je bouge pour nager, mais je suis lourd. L’eau s’est infiltrée et je touche le sol. Je m’enfonce. J’attrape avec mes mains, mais il n’y a rien à attraper. Je vois le visage des autres, apeurés. Ils crient. Pas moi. J’essaye simplement de libérer mes pieds de mes chaussettes trempées et de ces bottes trop pleines. Je me bagarre. Ça a toujours été une lutte entre la vase et moi.