Le retour

L’année venait de se terminer. Le départ, le retour au pays — lequel est le mien désormais ? — faisait entendre son bruit de portes qu’on ferme, de valises entassées, l’écho des salles devenues vides.

Et puis ce furent les rires cruels. Cookie était là, méconnaissable. Ses cheveux faisaient comme des petites touffes drues sur son crâne soudain allongé comme un obus. Il était plus jeune et plus vieux, proche de l’oisillon qui ressemble tellement à nos vieillards.

Il nous explique qu’il part au service militaire pour trois ans.

Je pars sans revenir. À l’arrivée je trouve de la solitude, une solitude qui s’étend partout, sur chaque morceau de trottoir, dans chaque bouchée avalée, dans chaque minute de sommeil. C’est une solitude absolue qui enferme le monde et l’anesthésie. Je ne suis pas plus chez moi dans ce nouvel ici que dans celui d’avant. Ma présence n’est nulle part légitime. Il me faut patiemment découper des morceaux du réel pour me les approprier, avoir l’illusion, un instant de vivre à côté des autres. La Kabylie est loin comme un Finistère.